Mécanique vivante, le crâne des vertébrés du poisson à l'homme - André Leroi-Gourhan, 1983
« C’est dans les décennies qui suivent la révolution française que naît la recherche ostéométrique et, en particulier, la craniométrie. »
« Le squelette, et surtout le crâne qui en est la pièce la plus riche en possibilités d’interprétation, deviennent les pièces maîtresses d’une étude évolutionnaire des vertébrés. Ils le deviennent pour deux raisons pratiques, qui sont la commodité de rassembler et de conserver les pièces osseuses modernes et la possibilité de les confronter avec les seuls restes qui subsistent des faunes disparues. »
« Dès les débuts de l’anatomie comparée, le crâne a été pris pour une sorte de symbole de l’être entier. Il l’est réellement puisqu’il contient le nœud cérébral de toute activité, puisque tous les sens y convergent et puisque la morphologie de sa partie postérieure porte l’empreinte de ses rapports avec la colonne vertébrale et les membres. La vue, l’odorat, le goût, l’ouïe s’y impriment et dans la plupart des espèces le museau est l’organe principal du toucher, la denture et les lèvres reflètent l’économie digestive et les procédés d’acquisition alimentaire. S’il serait absurde de repousser l’étude du reste de la charpente ostéo-musculaire, il est certain que le crâne en résume à peu près tous les problèmes et que son choix comme témoin est justifié.
Autant qu’un document, le crâne est un monument architectural. Indépendamment du sentiment un peu trouble qui anime la considération de ce qui fut vivant, on ne peut échapper à la sensibilité esthétique qui est levée par l’ordonnance des lignes et des plans, par la variété des rapports d’une espèce à l’autre. »
« Partant du principe que le crâne était suspendu au bout des vertèbres, j’ai supposé qu’il existait une charpente propre à la suspension de l’appareil crânien. Considérant que le principal organe mécanique du massif crânien était la denture et que la mandibule en était l’élément moteur, j’ai supposé un dispositif de traction directement lié à la fonction dentaire. Considérant enfin que les pressions dentaires venaient s’exercer sur le socle maxillaire et l’arrière-crâne, j’ai supposé une charpente d’appui propre à les absorber. »
Comprendre les origines de la mise en place des fonctions maxillo-faciales en s’ouvrant à la « paléontologie fonctionnelle ». Comprendre les liaisons entre la zone faciale antérieure, les appuis dentaires et la base du crâne comme un tout architectural et fonctionnel. Tels sont les principaux objectifs de ce livre, véritable « méditation paléontologique » dont l’intérêt ne varie pas de la première à la dernière page.
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